Il y a trois ans, je passais quarante minutes devant le miroir avant de sortir. Aujourd’hui, j’ai sept minutes montre en main, et parfois moins si la petite décide que le pot de crème est un jouet. J’ai longtemps cru que devenir mère signait l’arrêt de mort de mon glamour. Faux. Archi faux. L’autre soir, en lisant un article sur labulledadel.fr, je suis tombée sur un papier qui parlait de charge mentale et de corps qui change, et ça m’a fait tilt : ma féminité n’a pas disparu, elle s’est juste réorganisée.
Ce blog de parentalité, je l’ai découvert par hasard, en cherchant des astuces pour survivre aux nuits hachées. On y parle de maternage, de couples qui prennent l’eau, de peau qui tiraille, de cette fatigue qui rend tout gris. Bref, du vrai. Pas des licornes roses. Et c’est exactement pour ça que je m’y suis accrochée : parce qu’entre deux conseils sur le sommeil du nourrisson, on y trouve de quoi se rappeler qu’on est une femme avant d’être une organisation ambulante.
Le maquillage express qui sauve la mise
J’ai testé des routines de dix étapes. Toutes ont fini au fond d’un tiroir. Ce qui marche, chez moi, tient en quatre gestes : une BB crème teintée qu’on étale avec les doigts (pas le temps pour un pinceau propre), un coup de correcteur sous les yeux, un mascara, et un baume teinté sur les lèvres. Trois minutes. Quatre, si je m’égare.
La peau d’une jeune maman, franchement, elle souffre. Déshydratée, marquée, parfois réactive à cause des hormones qui font le yoyo. Le soir, je mise tout sur l’huile démaquillante et un sérum simple à base d’acide hyaluronique. Rien de révolutionnaire. Mais la constance paie plus que la quantité de produits empilés.
Ce que j’aimerais qu’on arrête de nous vendre, c’est l’idée qu’il faut « retrouver son corps d’avant ».
Mon corps d’avant, il n’existe plus. Il a porté un enfant, il a subi une césarienne, il a allaité quatorze mois. Je ne veux pas le récupérer. Je veux apprendre à vivre dedans autrement.
Les cheveux, ce baromètre de ma santé mentale
Quand ma fille a eu quatre mois, j’ai perdu mes cheveux par poignées. Littéralement. La chute post-partum, c’est un truc dont personne ne te prévient vraiment, et quand ça t’arrive tu passes ta main dans ta tignasse en fixant la brosse avec effroi. J’ai arrêté les coiffures serrées, les brushings à la chaleur, et j’ai misé sur un shampoing doux tous les deux jours, plus un masque à l’huile de ricin une fois par semaine. Six mois plus tard, la repousse était là, ces petits cheveux rebelles qui se dressent comme des antennes. Je les ai apprivoisés. Un peu.
La séduction, quand on est mère, elle ne passe plus forcément par une jupe courte et un rouge à lèvres rouge sang. Elle passe par autre chose : un regard qu’on s’accorde dans le miroir, une nuisette qu’on ose remettre, un message coquin envoyé au père de ses enfants à 22 h quand tout le monde dort enfin. Je le dis sans détour : entretenir ce petit feu, ce n’est pas un luxe de couple. C’est un soin qu’on se fait à soi.
Le couple dans tout ça
On nous serine que la passion s’étiole après bébé. Je pense que c’est vrai si on laisse faire. Mais les soirées ne sont plus spontanées, elles se fabriquent. On pose une règle simple à la maison : un dîner sans écran par semaine, même si c’est pâtes au pesto à 21 h après le coucher. Trente minutes. Ça change une ambiance plus qu’on ne l’imagine.
J’ai une amie qui a réservé un mercredi après-midi en semaine à un hôtel du centre-ville, à quinze minutes de chez elle. Pas de valise, un sac à main, deux heures. Elle en parle encore. Le budget ? Quatre-vingts euros. Moins qu’un sac de courses un peu trop généreux.
Personne ne devrait se sentir coupable de vouloir rester désirable, y compris et surtout quand on est devenue quelqu’un qui gère des biberons, des devoirs et des rendez-vous médicaux toute la journée.
Alors voilà ma règle : chaque matin, avant d’ouvrir la porte de la chambre pour réveiller la petite, je m’accorde trente secondes devant la glace. Je me regarde. Pas pour traquer la fatigue ou la ride nouvelle. Pour me rappeler qu’il y a une femme là, pas seulement une mère qui court après le temps. Cette habitude minuscule, personne ne la remarque. Moi, je la sens toute la journée.
